L’ Afrique a son mot à dire en Architecture. Un mot qui parle de son esthétique propre et d’écologie. Un mot porté par les femmes. Alero Olympio, l’architecte engagée

Les villes africaines sont sous-représentées dans le domaine mondial de l’architecture et du design. Elles sont invisibles en dehors de l’Afrique, sauf en tant que lieux de guerre civile, de corruption et de violence, de pauvreté et de maladie. Pourtant, ce sont des lieux animés, et les architectes du continent fusionnent les traditions esthétiques locales avec des styles mondiaux. Ce prisme a été celui d’Alero Olympio tout au long de sa carrière. Une architecte ghanéenne engagée pour le développement durable et qui défendait la voix singulière de l’Afrique dans son secteur.  

Alero Olympio travaillait principalement à Accra (capitale du Ghana) et dans ses environs. Dans son travail, elle cherche des solutions pertinentes pour le reste de l’Afrique et pour de nombreuses autres régions du monde en développement. Elle considérait l’architecture comme un art profondément fonctionnel. À travers les transformations concrètes d’une architecture respectueuse de l’environnement, de la culture et de l’économie, elle a abordé certains des plus grands problèmes de l’Afrique, son héritage postcolonial et son sous-développement. Son travail n’est pas tant une réaction à la globalisation qu’une approche, aux racines et aux interactions complexes, où la mondialisation ne représente que l’une des nombreuses forces auxquelles il faut faire face.  

Elle a notamment élevé la latérite au rang de matériau robuste et indispensable aux constructions contemporaines. La latérite, est une terre rouge argileuse riche en fer et en alumine présente sur la plupart du territoire ghanéen (et africain). Il s’agit d’un matériau extraordinaire. Les entrepreneurs routiers l’utilisent et la plupart des entrepreneurs et ingénieurs civils connaissent les propriétés de ce sol. Qui possède de très bonnes propriétés cimentaires naturelles. L’expérimentation d’A. Olympio se traduira en faisant usage des savoirs traditionnels sur la thermodynamique. Elle a trouvé un moyen de fabriquer ses propres briques au Ghana sans les cuire, à l’aide d’une presse hydraulique. A. Olympio fait venir d’Inde des machines pour fabriquer des briques par compression et promeut l’utilisation de la latérite comme outil de développement, à la fois dans l’amélioration du secteur des technologies routières et dans la construction d’habitats locaux. 

L’architecture d’A. Olympio traite de la tactilité dans toutes ses dimensions : le sol est une étendue sensorielle fraîche et lisse constituée de terre et de pierres polies de différentes tailles ; les murs en latérite sont parfaitement aplanis avec une finition caractéristique en latérite mate rouge, ou bien conservent un placage apparent à la surface ondoyante, qui évoque les boules de boue pétrie utilisées dans la technique de tassage traditionnel, cette fois-ci recouvertes de blanc éclatant. Incarnation des principes du design bioclimatique et de l’économie de ressources, ses projets offrent des solutions technologiques qui non seulement remédient aux défis infrastructurels et énergétiques modernes, mais répondent également au désir de luxe des nouvelles classes moyennes.  

Son objectif principal est d’explorer les matériaux naturels en Afrique et de développer les compétences nécessaires pour les utiliser dans l’espoir de développer une architecture africaine contemporaine et durable. Pour ce faire, elle a réfléchi aux meilleures façons de construire dans les climats tropicaux pour permettre à ses clients d’économiser de l’argent, de réduire la dépendance vis-à-vis des services publics et de réduire la consommation d’énergie. Elle a travaillé à la construction de maisons entièrement alimentées à l’énergie solaire. Elle faisait également attention à l’intégration de systèmes de récupération des eaux de pluie afin qu’elles puissent être réutilisées pour le lavage et l’arrosage du jardin par exemple. Elle construisait des toilettes à faible débit, afin de ne pas jeter neuf litres d’eau potable fraîche à chaque chasse d’eau. Et ses maisons sont orientés en tenant compte des vents dominants en gardant la maison ventilée de manière transversale pour décourager les climatiseurs. Elle utilise des plafonds très hauts et de grandes fenêtres pour utiliser au maximum la lumière naturelle et intègre également la possibilité d’utiliser l’énergie solaire (chauffe-eau solaire, éclairage solaire) ainsi que des systèmes de biogaz pour le traitement des déchets humains. 

Elle a fait ce qu’elle a appelé des « éco-manoirs ».  Son objectif est de transformer les attitudes de la société bourgeoise et matérialiste que le Ghana est en train de devenir. Pour ce faire, elle a décidé de partir du sommet et d ’amener les riches à adhérer aux éco-constructions, pour qu’ensuite les plus pauvres y aspirent. Pour ces derniers, ses constructions étaient tout à fait abordables : 40 à 60 000 dollars, tout en étant indépendant de la plupart des services publics. 

Son idée est de réduire la quantité de matériel importé. Mais comme nous nous plaisons à vous y inciter article après article, qui dit personne inspirante ne dit pas personne infaillible. Si l’engagement d’A Olympio en matière de développement durable est louable, pas sûre qu’une stratégie de substitution des importations ou l’utilisation de latérite soient des solutions exemptes de toutes critiques. Parce que la première a déjà été tentée par les jeunes états africains avec des conséquences qui se font encore sentir dans certains aujourd’hui. Et parce que la viabilité de la seconde, si elle devait être répliquée à grande échelle, perdrait probablement tout son caractère durable. Bref, toujours avoir un regard réflexif, toujours se demander si les solutions proposées permettent réellement empiriquement d’atteindre les résultats escomptés. Mais bon, il s’agit ici d’un autre sujet, et je vous le laisse le creuser, sinon, il faudrait que je crée un autre blog !  

Son architecture est très tropicale et l’esthétique est tropicale et africaine. Elle essayait de ne pas utiliser de symboles classiques européens tels que les colonnes ioniques et chapiteaux italiens, les frises, les corniches etc. La plupart de ses bâtiments sont des bâtiments de cour, basés sur un style Ashanti.  

Quinze ans après sa mort, cette même aspiration à intégrer dans l’architecture les principes d’une technologie durable gagnent en popularité chez la jeune génération d’entrepreneur·euse·s et d’architectes du pays. Le militantisme d’A. Olympio en faveur des technologies durables et des matériaux locaux dans les années 1990 encourage directement et indirectement une acceptation et un usage plus large de la latérite dans l’architecture contemporaine.  

Quelques bribes de sa vie 

Elle vivait à Édimbourg mais passait une grande partie de l’année dans son Ghana natal. Elle décède en 2005 après s’être battu pendant 6 ans contre le cancer.  

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Sources

https://allafrica.com/stories/200209170002.html

http://africaunchained.blogspot.com/2015/01/building-africa.html  

https://awarewomenartists.com/magazine/la-transformation-du-monde-par-les-architectes-ghaneennes/

http://afropulse.blogspot.com/2017/04/alero-olympio.html  

Publié par ngwaneeligui

Féministe, Camerounaise et Africaine

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