Libérer les femmes du carcan des hommes, des privations et des tabous. L’engagement de la princesse Elizabeth Olowu, la première sculptrice de bronze nigériane

La princesse Elizabeth Olowu (née le 8 août 1945) est une sculptrice nigériane et la fille d’Oba Akenzua II, qui était un chef du peuple Edo dans l’actuelle Benin City, au Nigeria. Olowu travaille le bronze, un matériau traditionnel pour son peuple, et est connue comme la première sculptrice de bronze au Nigeria. Ses sculptures ont un flux traditionnel ainsi qu’une perspective moderne et féministe rafraîchissante.  

E. Olowu va à l’encontre de l’ancienne tradition béninoise d’après laquelle « une femme ne doit pas mouler le bronze » (Okhuo-ise-eronmwon). Elle doit ce privilège au fait que son père, le roi, a favorisé un changement progressiste dans les pratiques culturelles et artistiques de l’État d’Edo. Dans le passé, les membres de la guilde des bronziers, l’Iguneronmwon, ne réalisaient des œuvres en bronze que pour la Couronne. E. Olowu a le privilège d’apprendre la technique du moulage à la cire perdue auprès des bronziers traditionnels d’Igun Street à Benin City. Heureusement certains de nos anciens n’avaient pas le dogmatisme des panafricains contemporains, sinon, combien de pans de notre culture aurions-nous perdu ?  

En tant qu’artiste féminine, le principal désir d’Elizabeth Olowu est de « libérer les femmes du carcan des hommes, des privations et des tabous ».  

Son œuvre 

Elle se spécialise dans le moulage métallique, plus particulièrement celui du bronze. Bien qu’elle ait déjà travaillé en 1966 avec un forgeron local dont la fonderie se situait en face de l’Itohan Girls’ Grammar School où elle était professeure, ses sculptures en métal et ciment les plus documentées sont celles qu’elle crée lors de ses études à l’université du Bénin entre 1976 et 1984. 

Dans sa production, elle explore des idées, matériaux, techniques et processus à la fois traditionnels et modernes. La plupart de ses sculptures prennent pour sujets les femmes et la maternité. En 1979, elle a sculpté une sculpture autobiographique d’une jeune fille assise à un bureau, plongée dans un livre. Cette sculpture a été l’une des premières de sa culture à représenter une figure féminine individuelle. Figure qui cherche son affranchissement par la connaissance. 
 
Parmi les œuvres caractéristiques de son intérêt pour ces deux thèmes, citons notamment Mother of Many (vers 1981) et Zero Hour I (vers 1981). La première est une sculpture naturaliste très simplifiée d’une femme africaine moderne assise avec ses deux enfants – elle soutient fermement le plus jeune de son bras droit, tandis que le deuxième est serré contre son flanc gauche. L’aîné a les yeux tournés vers le visage de sa mère qui le regarde tendrement. Dans un style proche de celui de Mother of Many, Zero Hour I montre une femme à un stade avancé de grossesse, agenouillée, dont l’attitude exprime la douleur de l’accouchement alors qu’elle dérive entre la vie et la mort. Une œuvre qui rappelle la puissance des femmes, la puissance des mères. Œuvre qu’elle a créée alors qu’elle était elle-même enceinte.  

Pour ses pièces de grande envergure, E. Olowu utilise comme matériau principal le ciment. Parmi ces dernières, citons Acada (1979) et Monument to Soldiers of the Biafran War (1984), qui honore les soldats ayant combattu lors de la guerre civile qui a déchiré le Nigeria de 1967 à 1970. Ses bronzes Oba (1979) et Iyoba (1979) sont exécutés dans le style traditionnel béninois, tandis que les portraits de son père – Oba Akenzua I (1979) et Oba Akenzua II (1980) – témoignent de ses compétences en matière de formalisme académique.  

Quelques bribes de sa vie 

Elizabeth Olowu est la fille de l’oba (roi) du Bénin Akenzua II. Enfant, Olowu a travaillé aux côtés de sa mère, apprenant à sculpter des objets liés à la vie du palais et aux besoins rituels. Son père a encouragé son éducation et son intérêt pour la sculpture malgré les superstitions locales décourageant les femmes d’entrer dans les fonderies de bronze. Olowu a fréquenté le Holy Child College, où elle a développé un amour pour la lecture. Elle a poursuivi ses études à la Federal Emergency Science School où elle s’est spécialisée en botanique, chimie et zoologie, qu’elle a ensuite enseignées au lycée anglican pour filles. À l’âge de 18 ans, elle a épousé son ami de lycée, Babatunde Olowu, et a eu son premier enfant en 1964.  

Elle fait des études supérieures d’arts plastiques en 1966 à l’université du Nigeria à Nsukka, mais celles-ci sont interrompues par la guerre du Biafra. Ce bref laps de temps passé à l’université lui permet néanmoins de se distinguer par son talent artistique et ses brillants résultats académiques, qui lui valent le prix du·de la meilleur·e élève de sa promotion.  

E. Olowu retourne à Benin City, où elle enseigne l’art à l’Itohan Girls’ Grammar School jusqu’en 1976. Elle a régulièrement organisé des expositions d’art pour ses étudiantes, ce qui a finalement attiré l’attention du directeur du département des arts créatifs de l’Université du Bénin, qui l’a invitée à rejoindre le programme des beaux-arts. Elle est la première étudiante en sculpture à en être diplômée en 1979. En 1981, elle avait commencé à travailler sur ses études de troisième cycle, qui comprenaient sa thèse sur « Une enquête sur la technique de moulage Cire Perdue au Bénin « . 

En 1985, elle a reçu le prix Bendel State pour l’art et la culture et a ensuite été reconnue par l’Association catholique des jeunes femmes pour sa contribution à l’amélioration du statut des femmes dans son pays. Elle continue maintenant à travailler à l’Université du Bénin où elle s’occupe de sa propre fonderie de bronze.  

E. Olowu a bénéficié de six expositions individuelles et son travail a figuré dans de nombreuses présentations collectives au Nigeria et à l’étranger. Son exposition personnelle en Chine a coïncidé avec la Conférence mondiale sur les femmes organisée par l’ONU à Beijing en 1995. Elle a également participé à la IIIeBiennale de La Havane à Cuba en 1989. Parmi ses dernières expositions d’envergure et commandes publiques, citons Of Bronzes and Prints, en collaboration avec sa fille Peju Layiwola, qui eu lieu en 2003 au Goethe-Institut de Lagos, et Whose Centenary? (2014) à Benin City. 

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Sources : 

https://awarewomenartists.com/artiste/elizabeth-olowu/

https://en.wikipedia.org/wiki/Princess_Elizabeth_Olowu

https://www.legit.ng/1089930-the-life-princess-elizabeth-olowu-nigerian-bronze-caster.html

Publié par ngwaneeligui

Féministe, Camerounaise et Africaine

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