La femme africaine n’est pas qu’érotisme et marchandise, misère et désolation. Angèle Etoundi Essamba nous emmène, au-delà des clichés

La photographie en général, et la photographie des corps et femmes noires en particulier a longtemps été fortement connoté par le regard colonial qui faisaient de ces individus des objets. Dans sa pratique, Angèle Etoundi Essamba est la première femme photographe originaire de l’Afrique sub-saharienne à avoir exploré, dans les années 1980, le corps de la femme noire et sa nudité́ à travers des portraits en studio et des compositions qui préservaient la dignité́ de ses modeles.  

Son travail est une contre-réponse à l’objectivation stéréotypée du corps exotique de la femme noire : une femme africaine opprimée, faible et dépendante, une femme africaine passive, une femme africaine belle et sensuelle, une femme africaine enchainée et marchandisée. Dans ses photographies, les femmes africaines ne sont ni faibles ni passives, ni simplement belles. Elles sont fortes, élégantes et gracieuses. Prises dans différents pays et sur différents lieux de travail, elles sensibilisent le spectateur sur le dur labeur des femmes. Des femmes africaines qui ont de la ressource, de la profondeur et qui sont solidaires. 

Par ailleurs, elle rompt avec les représentations stéréotypées d’une Afrique déchirée par les famines, les épidémies et les guerres, au lieu de célébrer la richesse culturelle et la diversité du continent. Elle se concentre sur la création de portraits de femmes noires qui remettent en question les concepts d’identité, d’altérité et de dualité culturelle, afin de promouvoir le respect mutuel, la compréhension et la tolérance.  Elle présente donc une vision des femmes, de l’Afrique et de sa culture.  

Mon seul bémol ? Que l’artiste verse dans la glamourisation de la souffrance des femmes africaines. Glamourisation qui fait le jeu d’hommes africains trop contents de ne pas se remettre en question. S’il faut faire attention à ne pas tomber dans une vision misérabiliste de la vie de ces femmes, il ne faut pas non plus occulter, les entraves bien réelles, à l’épanouissement que beaucoup d’entre elles espèrent mais qui ne leur est pas accessible dans l’état actuel de nos sociétés. L’artiste justifie sa prise de position dans le fait qu’elle ne se reconnait pas dans l’image de la femme africaine véhiculée, et qu’elle n’y reconnait pas ses figures familiales féminines. Mais ce n’est que normal, elle a quitté son pays d’origine, le Cameroun, à ses dix ans, et fait maintenant partie des CSP+ du monde occidental. Normal donc qu’elle ne se reconnaisse pas dans un quotidien qui n’est pas le sien. En somme, oui à la lutte contre les stéréotypes mais attention à nier des discriminations bien existantes… 

Dans sa dénonciation des stéréotypes, elle consacre une série de photographies au voile. De la burqa au simple foulard, ce qu’elle nous montre, c’est l’élan de vitalité, la force intérieure et la fierté qui s’émanent de ces femmes. Elles se racontent, à travers leurs propres codes et leurs propres modes, défiant ainsi les stéréotypes qui marginalisent la femme voilée. J’ai évidemment un avis sur le voile, tout comme j’en ai un sur les personnes qui portent des claquettes avec des chaussettes. Mais aucun de ces avis de justifie de mettre qui que ce soit au ban de la société. Et si on veut vraiment parler d’oppression que chacune s’interroge sur les oppressions qui jonchent son quotidien mais desquelles elles s’accommodent bien en les couvrant du vernis du libre choix (maquillage, épilation, talons hauts et autres instruments de torture infligés parce qu’il faut souffrir pour être belle). 

Dans son œuvre, c’est avant tout d’humanité qu’il est question. Cette humanité, elle l’évoque au travers de cette femme africaine. Une prise de position qui vise à donner tout son potentiel universel au corps africain longtemps mis à la marge, considéré pour ses particularisme et réceptacle de la civilisation universelle occidentale. Elle le remet au centre du jeu, sujet pouvant servir d’inspiration au monde, sujet pouvant servir de représentation de l’humanité.  

Enfin, il faut dire qu’avec son objectif, elle a non seulement rendu justice à la couleur noire, teint commun de ses modèles, mais elle lui a rendu ses lettres de noblesse. Rarement on aura vu des corps noirs aussi bien shootés. 

Son œuvre 

De la fin des années 1980 au début des années 2000,  A. Etoundi Essamba s’attache à montrer, uniquement en noir et blanc, des femmes « fortes, fières et conscientes de leur existence ». Des oeuvres telles que Cobra (1986), Femme portant l’univers (1993), Rupture 2 (1993), Héritage 3 (1999), Noir 26 et Noir 40 (2000) ou Cheveux de paille 2 (2005) relèvent de cette première période. 

S’ensuivront des séries marquées par le passage à la couleur – transition motivée par des émotions esthétiques ressenties par l’artiste à Zanzibar et en Mauritanie – qui s’intéressent de plus en plus à des communautés et à des « héritages africains » spécifiques. C’est par exemple le cas d’Un air d’antan (2002), de Jaune bambou (2008), Second Skin et Second Skin 3 (2014), Healing 5052 (2016) ou Appartenance 4 (2018).  

Cette orientation, plus anthropologique, se confirme dans les séries Invisible (2015) et Femmes de l’eau (2013) (dont Regard sorti des profondeurs) : narration photographique de la vie de femmes travaillant dans les secteurs de l’énergie, de la construction, du commerce et de l’agriculture, et récit du quotidien des femmes de Ganvié, au Bénin, qui pratiquent la pêche à l’huître, le négoce et le transport de marchandises. La série rend hommage à ces femmes invisibles dont le travail est souvent sous-estimé alors qu’elles contribuent activement à la construction et au développement de l’Afrique. 

Quelle est ma photographie préférée ? Difficile à dire. Je ne suis pas vraiment une sachante dans ce domaine, aussi, je vais tout simplement essayer de partager les photos qui m’ont le plus ému et pourquoi. J’ai surtout aimé les photos Noir 40, Second skin, Second skin 2, Appartenance 4 et En toute dignité 2. Je vais m’arrêter là, parce que l’ensemble de l’œuvre de cette photographe est en réalité époustouflant.  

Je vais plutôt vous dire ce que ces photos suscitent en moi. J’aime le fait que ces femmes soient sans artifices, dans une forme de posture qui évoque la vie de tous les jours. Ce ne sont pas des mannequins, elles ne sont pas des canons, elles sont justes normales. Et dans la photo avec les femmes voilées. C’est la première fois que je vois une photographie, avec autant de femmes en burqa, avec un noir hyper esthétique, et des femmes qui ne sont pas dans des postures pieuses ou d’infériorisation. Elles sont en burqa et dégage une furieuse confiance en elle. Elle la dégage et la communique. 

Et si on faisait un petit exercice ensemble, et si vous alliez sur son site internet, parcourir sa gallérie, et me dire la photo que vous préférez et pourquoi ? Je vous mets le lien du site ici : https://www.essamba-art.com/gallery/  

Quelques bribes de sa vie 

Angèle Etoundi Essamba quitte le Cameroun en 1972 pour la France, où elle demeure jusqu’à la fin de ses études secondaires. Après le baccalauréat, elle s’installe à Amsterdam, où elle s’initie, à partir de 1984, à la photographie et où elle suit les cours de la Nederlandse Fotovakschool (École professionnelle néerlandaise de la photographie), dont elle sort diplômée.  

Elle revendique des inspirations multiples : photographes africain·e·s ou états-unien·ne·s, et influences des divers pays au sein desquels elle a grandi et évolué. Cependant, elle a toujours dit vouloir dédier ses créations à la représentation de son « héritage africain ». 

Depuis sa première exposition à Amsterdam en 1985, le travail d’Angèle Etoundi Essamba a été montré dans nombre d’institutions, de biennales (entre autres celles de Venise, La Havane, Dakar, Johannesburg et Bamako) et de foires, en Afrique, en Europe, aux États-Unis, à Cuba, au Mexique ou encore en Chine. Beaucoup d’expositions monographiques lui ont été consacrées à l’étranger, notamment des rétrospectives, comme Daughters of Life, au Museum Fünf Kontinente à Munich, en 2018. Ses œuvres sont présentes dans plusieurs collections publiques et particulières. 

Sa conscience sociale d’Angèle l’a amenée à créer la Fondation Essamba Home en 2009. Grâce à la fondation, elle aide à encadrer les filles de la rue au Cameroun et à leur donner un sentiment d’estime de soi et d’estime de soi. 

Elle s’implique personnellement dans l’encadrement des filles, et elle donne des ateliers pour transmettre des compétences grâce auxquelles les filles indigentes peuvent améliorer leurs conditions de vie et faire carrière. 

Angèle a également été impliquée dans une formation créative similaire de jeunes femmes en Afrique du Sud (Townships à Johannesburg) et en Colombie (communauté afro-colombienne à Quibdó). 

Outre les expositions de son travail, Angèle a également rejoint diverses organisations, institutions et ONG pour contribuer en tant que personne ressource, animatrice d’atelier ou conférencière invitée à concevoir des idées et des méthodes pour renforcer les capacités. 

Elle a également coopéré avec des agences des Nations Unies, des écoles d’art, des universités, des ministères et des développements, des ambassades, des institutions culturelles, des galeries d’art et des musées sur divers projets liés à l’art. 

Sources 

https://awarewomenartists.com/artiste/angele-etoundi-essamba/

http://www.themojogallery.com/asitis/artist-angele-etoundi-essamba.php  

http://www.afriqueinvisu.org/voiles-et-devoilements-angele,030.html  

https://actuphoto.com/angeleetoundi-essamba

http://www.100pour100culture.com/media/angele-etoundi-essamba/  

Publié par ngwaneeligui

Féministe, Camerounaise et Africaine

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