Je suis forte donc je suis. La devise des femmes africaines. L’adresse de la peintresse congolaise Moseka Yogo Ambake

30 min. Voilà le temps le temps que j’ai passé pour trouver des infos sur une grande dame de la peinture congolaise. Le temps de rien et le temps de beaucoup en même temps. Par curiosité j’ai regardé ce qu’on pouvait faire en 30 min et croyez-moi ou croyez-moi pas, il y a des articles qui vous disent comment occuper votre temps en 30 min. 

Pourquoi c’est marquant ? C’est simple. Imaginez que votre vie s’arrête, et que pour la résumer, 30 min suffisent. Vous me direz dans votre/notre cas, notre époque le risque est moindre. Nos réseaux sociaux nous tirerons l’exercice de mémoire à au moins une semaine. Mais, même si nous sommes évidemment d’une grande importance pour nous et pour nos proches, nous ne sommes pas tou.te.s des artistes qui avons fasciné l’imaginaire collectif du continent. 

Pourquoi je m’attarde sur ce détail ? Eh bien, parce qu’en voilà encore une que nous avons oublié, laissé de côté, effacé. 30 min à glaner des infos, dont aucune n’a été écrite par l’un.e de nous… Nous avançons dans le monde, dans le brouillard tel un peuple sans mémoire, sans histoire. Alors qu’ils sont nombreux, ELLES sont nombreuses celles qui ont semé des petits cailloux sur notre chemin. Des petits cailloux que nous refusons de suivre…  

La guide du jour nous a aussi laissé un message. La guide du jour c’est Lady Mosky ou si vous préférez Moseka Yogo Ambake, une peintresse originaire de la république démocratique du Congo. Sa spécialité ? Des peintures à l’huile, à la gouache, et à l’aquarelle. Et parce que les artistes sont souvent prolixes, elle nous a également laissé une production abondante d’œuvres en céramique. 

(Allez on sort les cours d’art, pour celleux qui en ont eu). Ses œuvres sont souvent associées au surréalisme, à l’expressionnisme, ou encore à l’art naïf. Je trouve ça cocasse d’appeler naïf tout ce qui ne rentre pas dans les carcans du Nord. Tout ce qui est spontané, vivant, énergique. Tout ce qui n’est pas canalisé, plat, vide. Posé il.elle.s disent. En esprit indomptable (le 237 n’est jamais bien loin), je m’amuse moi-même de toutes ces volontés qui veulent m’emboiter, me brider pour mieux que j’exprime mes potentialités il.elle.s disent. Ces volontés qui se pensent au centre du monde, qui se mettent au centre du monde et qui nous demandent de nous définir par rapport à elle.eux, à leur histoire, à leurs valeurs… Pour moi Moseka n’a pas un art naif. Elle a un art spontané, viscérale, dénué de toute la fadeur dont les observateur.ice.s du Nord voudraient la parer. 

Son inspiration ? Ce qu’elle appelait le « théâtre de la vie ». Parce que oui dans nos contrées il s’en vit des choses. Des choses que nous sommes capables de retranscrire dans nos corps, dans nos voix… dans notre art. Des choses que nous vivons pleinement. Comme nous vivons pleinement dans nos corps et dans nos espaces. Des choses que Moseka nous relivre avec sa propre interprétation libre et assumée. Une interprétation métaphorique, au centre desquelles se trouvent des femmes africaines. 

 Je suis toujours super intéressée parce que pensaient les femmes de l’époque de nos mères et de nos grand-mères. Il se dit tellement de choses sur elles sans qu’elles-mêmes ni ne confirment, ni n’infirment. Un trou béant dans lequel s’engouffrent ceux qui instrumentalisent une re-écriture de la réalité pour leur propre fin. Une fin où ils sont des pachas entourés de reine dont le trône se trouve à la cuisine et auprès du panier à linge. Moseka, elle, ce qu’elle nous dit c’est que les femmes africaines sont fortes, belles et puissantes. Une puissance qui l’éblouie et qui devrait nous éblouir aussi.  

Surtout si l’on pense aux femmes de la RDC qui devaient probablement être le référentiel de Moseka. Des femmes fortes oui, mais des femmes dont on a beaucoup trop testé, puisé la force. Des femmes à qui on demande depuis trop longtemps d’être résilientes, patientes, courageuses. L’archétype finalement de ce qu’on demande à l’ensemble des femmes du continent. Une abnégation sans faille pendant que les hommes labourent leurs vies, qu’ils les saccagent en même temps que leurs corps tout en répétant “nous vous respectons tellement, vous êtes tellement fortes, ne changez rien !”.

Si Moseka était encore vivante aujourd’hui, et que j’avais l’occasion de discuter avec elle, je lui suggèrerai de représenter des femmes au repos. Le repos que mérite toutes les femmes de la RDC, le repos que mérite toutes les femmes africaines. 

Mais Moseka n’est plus mais son œuvre reste et nous interpelle. Elle a exposé dans de nombreux musées, dont le Musée d’Ethnologie de Hambourg (Museum für Völkerkunde Hamburg, Allemagne), la 198 Comtemporary Arts and Learning à Londres (Royaume-Uni), la Skoto Gallery à New-York (EUA) et le Musée royal de l’Afrique Central à Tervuren (Belgique). Et si jamais vous en avez les moyens, pourquoi pas vous offrir l’une de ses œuvres ?  

Quelques bribes de sa vie 

Moseka Yogo Ambake estnée le 29 août 1956 à Léopoldville (Congo belge). 

Moseka fréquente les classes primaires dans une école de Yolo sud. Elle entreprend ses études secondaires à l’I.S.E.M mais la situation politique la pousse à les abandonner pour travailler avec sa mère. Bien qu’impressionnée dès son plus jeune âge par les nombreuses fresques de Tekilazaya, un artiste congolais dont elle contemple les œuvres avec beaucoup d’admiration dans divers lieux de Kinshasa, Moseka se tourne d’abord vers le théâtre et travaille avec le célèbre maître « Toro ». 

C’est à cette même époque qu’elle rencontre son mari, Thierry Dartois, architecte d’intérieur. Elle se met au même moment à échanger avec Théo Verwilghen, aquarelliste renommé, intéressé par l’originalité de ses premières œuvres. Moseka peint d’abord des intérieurs, peuplés de canapés et de coussins où apparaissent des personnages. Lorsque le ménage déménage au Mont Ngafula, une colline en dehors de la ville, Moseka se met à énormément peindre pour le plaisir et à offrir ses œuvres à ses ami.e.s. 

Elle meurt le 6 mai 2019 à Bruxelles. 

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Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/Moseka_Yogo_Ambake

https://www.art-kelen.com/post/moseka-yogo-ambake-5-choses-%C3%A0-savoir-sur-l-artiste-peintre

http://www.artnet.fr/artistes/moseka-yogo-ambake/ 

Publié par ngwaneeligui

Féministe, Camerounaise et Africaine

3 commentaires sur « Je suis forte donc je suis. La devise des femmes africaines. L’adresse de la peintresse congolaise Moseka Yogo Ambake »

  1. Oui, les femmes sont fortes, puissantes, dans les conditions les plus dures elles font vivre la famille…et j’en suis témoin. Un admirable article sur une puissante personne. Merci du temps consacre à chercher et à partager ces profils importants à connaitre par nous, par nos enfants et leur enfant…Puisqu’une fois connue, nous sommes désormais porteuses et porteurs de ces histoires. Des histoires qu’il nous faut désormais porter et transmettre, protéger et faire grandir.
    Toutes mes amitiés chère Ngwane

    J’aime

  2. A reblogué ceci sur La longue marche pour la libertéet a ajouté:
    Oui, les femmes sont fortes, puissantes, dans les conditions les plus dures elles font vivre la famille…et j’en suis témoin. Un admirable article sur une puissante personne. Merci du temps consacre à chercher et à partager ces profils importants à connaitre par nous, par nos enfants et leur enfant…Puisqu’une fois connue, nous sommes désormais porteuses et porteurs de ces histoires. Des histoires qu’il nous faut désormais porter et transmettre, protéger et faire grandir.
    Toutes mes amitiés chère Ngwane

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