Le jeu vidéo comme vecteur de la solidarité entre femmes. Les cyans girls, les conceptrices sorores

Qui a dit que le jeu vidéo n’était pas un art ? Qui a dit que les femmes, et plus particulièrement les femmes africaines n’y avait pas leur place en tant que gameuses, mais aussi en tant que conceptrices ? Vous avez quelqu’un.e en tête ? Clouez-lui le bec avec le parcours des Cyans girls, des passionnées d’informatique, qui se sont lancées dans un domaine dominé par les hommes et qui ont développé le premier jeu vidéo sénégalais. Aujourd’hui, avec leur entreprise, elles veulent mettre la technologie aux services des défis de l’Afrique et surtout au service des femmes de l’Afrique. Elles veulent les inciter à investir ce secteur sans rougir.  

Ndèye Awa GUEYE, Awa Caba, et Bineta Couddi Sy sont leurs noms. Leur parcours est inspirant, au cours duquel elles ont dû cumuler études et concours. Alors qu’elles étaient étudiantes à l’Ecole Supérieure polytechnique de Dakar, elles ont participé à la finale mondiale de la  » Imagine Cup 2011″ à New York, au sein de la rare équipe principalement féminine : « Cyan Girls ». Elles étaient alors âgées de 21 ans. Elles y représentaient l’Afrique de l’ouest et du centre. Leur concept, « Projet Pagel », (Pêche, Agriculture, Élevage), proposait un abonnement à un logiciel plutôt que l’achat d’une licence, afin d’exploiter les potentialités du secteur de la pêche et de l’agriculture dans le but de réduire l’extrême pauvreté, de permettre l’égalité des sexes, et de préserver l’environnement.  

Ensuite, elles ont été primées au concours Startup Weekend de Dakar.  

Désormais, elles sont à la tête de leur propre entreprise, Jiguene Tech (Jiguene (jigeen): signifie femme en Wolof) dans le but de développer des jeux vidéo et des applications utiles pour leur pays, et surtout pour les femmes de leur pays. Jjiguene Tech, se veut également être un hub pour les femmes sénégalaises travaillant dans la technologie. Leur premier coup d’essai a été le jeu vidéo Dakar Madness. Le tout premier jeu vidéo sénégalais. Si celui n’a pas été commercialisé, d’autres ont vu le jour depuis et fait sensation dans le pays, comme Da’karapid, sur mobile, début 2016. Si vous ne les connaissez pas, à vos stores ! 

Aujourd’hui, fortes de leur parcours et de leur structure, elles donnent des conseils aux femmes pour qu’elles portent des projets de la conception jusqu’à leur exécution, pour qu’elles innovent et trouvent des solutions aux problèmes locaux. Jiguene Tech est en effet, entre autres, le premier Hub technologique spécialement dédiée aux femmes avec l’objectif d’encourager, inspirer et former davantage de femmes dans l’écosystème de la technologie par le réseautage, la formation, le mentorat et le partage des connaissances. Certaines femmes viennent pour apprendre, tandis que d’autres travaillent sur leurs propres idées entrepreneuriales. Les femmes reçoivent une formation qui va d’une introduction de base à l’informatique, comme l’utilisation de programmes comme Microsoft Word et Outlook, au codage informatique avec des langages tels que HTML et CSS. Ne sont pas laissés en reste le développement d’application web et mobile, le coaching en système de gestion de contenu. Des programmes que le hub propose tous ses services gratuitement. 

Jiguene Tech organise également des caravanes dans les villes de Dakar, Thiès et Saint Louis pour aller à la rencontre de jeunes filles sont autant d’action de sensibilisation et de formation concourant à leur insertion. Pour encourager l’entreprenariat, la structure organise le concours Djiguène Ci TIC ouvert à toutes les femmes âgées de moins de 35 ans ou déjà au secondaire. Composées en équipe de trois, majoritairement féminine, elles développent une solution numérique et un modèle économique. La meilleure idée reçoit un financement de la part du Gouvernement sénégalais qui parraine le concours.  

Quelques bribes de leur vie 

Le projet PAGEL permet de créer un réseau, simple d’accès, qui permette aux éleveurs, aux pêcheurs et aux fermiers éloignés des villes de s’informer sur les marchés, les taux, les stock (dans un pays où 70% de la population est agricole et où 80% possède un téléphone portable). Plus précisément, il s’agit d’une plateforme cloud conçue pour fournir des infrastructures de soutien au commerce pour les agriculteurs et les pêcheurs. Avec le logiciel (SaaS) en combinaison avec Windows Azure, les travailleurs et les petites entreprises ont la possibilité de surveiller les prix (et de les décider), d’identifier les marchés pour vendre leurs produits et d’acquérir une visibilité mondiale grâce à un système de commerce électronique. Le projet se présente comme un conteneur qui contient diverses initiatives telles que Soo retul et Yegle, des SMS et des plateformes web pour protéger le travail des agriculteurs et stimuler le commerce des femmes qui produisent des jus de fruits et autres produits similaires dans les zones rurales. 

Sooretul , encore en développement, est une plateforme de commerce électronique qui permettra aux Sénégalaises qui transforment des produits locaux en jus de fruits d’avoir un espace en ligne et d’élargir le nombre d’acheteurs, qui est généralement très réduit en raison de la possibilité limitée de publicité des produits à un niveau plus large que local. 

Yegle, est le nom du projet qui utilise une plate-forme SMS pour obtenir de vraies informations sur les prix du marché pour les producteurs de la région de Kaolack, grâce à un système de communication qui envoie chaque jour un message avec les prix de tous les produits sur le marché à différents groupes de personnes, composés de dizaines, voire de centaines de personnes. 

La plateforme utilisée s’appelle EdooSMS , créée au Sénégal (mais également disponible au Togo) et est partenaire du projet lui-même, permettant la circulation de l’information dans un système organisé de saisie d’informations rendu possible grâce au travail d’une personne (représentant d’une chaîne d’approvisionnement agricole) qui se rend au marché tous les deux à trois jours pour connaître les prix et les partager avec tous les membres du groupe via SMS. Avant l’introduction de ce système de communication basé sur la technologie mobile, les agriculteurs exploitaient un système similaire, mais ils étaient contraints d’envoyer manuellement des centaines de messages chaque jour, perdant du temps, des ressources et perdant la capacité d’enregistrer les informations des messages. 

Les filles ont ainsi ajouté la partie technologique à un système qui existait déjà, permettant l’envoi automatique de messages à toutes les personnes appartenant au groupe et mettant à disposition un système capable d’enregistrer les flux d’informations, ainsi que les informations collectées une fois à la fois. 

Après une période d’essai, les agriculteurs ont très bien compris le potentiel embarqué dans une telle plateforme, ils ont donc ressenti le besoin de mettre en place une stratégie de communication permettant le suivi des processus de distribution d’engrais et de pesticides ». En fait, ces produits sont souvent donnés par des organisations telles que le FIDA, l’État ou des institutions à but non lucratif, et pourtant aucun système n’enregistre lesdits dons et certifie que les produits ont été distribués pour de vrai et à qui ils sont allés. Grâce à cette plate-forme, les SMS sont utilisés comme rapports et toutes les livraisons enregistrées, ce qui en fait un processus transparent. La plateforme permet également aux producteurs d’accéder aux prévisions météorologiques afin de mieux planifier leur travail. 

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Source :

https://www.itu.int/en/ITU-D/Digital-Inclusion/Women-and-Girls/Girls-in-ICT-Portal/Documents/2013/Africa/rapport_journees_des_filles_dans_les_tic_2013.senegal.pdf  

https://madame.lefigaro.fr/societe/geek-generation-190911-172933

https://news.abidjan.net/h/407566.html  

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/06/11/une-petite-histoire-du-jeu-video-africain_4948518_4408996.html  

https://news.abidjan.net/h/467716.html  

https://www.dakaractu.com/Visite-du-Vice-President-et-D-G-de-Microsoft-Moyen-Orient-et-Afrique-au-Senegal-Ali-Faramawy-reaffirme-leur-engagement_a67585.html  

https://hlmgrandyoff.com/2014/08/07/afrique-nouvelles-technologies-et-contenus-locaux-au-coeur-des-startups/  

https://www.bbc.com/news/business-28363783  

https://fr.allafrica.com/view/resource/main/main/id/00081684.html  

https://www.ong2zero.org/en/blog/jjiguene-tech-hub-in-dakar-women-and-ict-for-rural-development/  

https://tedidev.com/blog/2015/08/22/developpeurs-de-jeux-africain-aux-gamescom-2015/  
https://www.gemeinsam-fuer-afrika.de/%EF%BB%BFsenegal-der-aufstieg-der-frauen-in-der-technologieindustrie/  

https://innov8tiv.com/jjiguene-tech-hub-senegalese-tech-hub-inspiring-women/  

Publié par ngwaneeligui

Féministe, Camerounaise et Africaine

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